J’ai vu Much Loved… voici ce que j’en pense

Par le 31 mai 2015 à 19:00

Much Loved, deux mots qui déchaînent les passions depuis quelques jours au Maroc et provoquent un déferlement délirant de commentaires sur les réseaux sociaux. Rares auront été les films ayant autant clivé la société marocaine. Six petits extraits ont suffi à mettre le feu aux poudres, poussant même notre Ministre de la Télécommande, garant ultime de la dignité de la femme marocaine et de l’image rayonnante de notre pays dans le monde, à interdire de manière très claire la diffusion du film sans même qu’une autorisation ait été demandée. Mais alors concrètement, qu’y a-t-il dans ce film ?

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Le dernier travail de Nabil Ayouch n’a été projeté que deux fois, d’abord au Festival de Cannes, puis au Forum des images vendredi dernier à Paris (projection à laquelle j’ai eu l’occasion d’assister). Les versions longues qui circulent en ligne ne reflètent pas du tout la teneur du film car elles contiennent des scènes sans montage et sans aucune logique narrative.

Much Loved raconte le quotidien de quatre prostituées (Nouha, Randa, Soukaina et Hlima aka Ahlam) qui vivent sous le même toit à Marrakech. Le spectateur est embarqué dès les premières minutes dans l’univers des parties fines qui rythment les nuits de la ville ocre, pour le grand bonheur des riches Saoudiens qui se payent les services de ces filles de joie. Le réalisateur prend le parti de tout montrer sans concession. Le langage est cru et les scènes de sexe sont abondantes. Le réalisme voulu par Nabil Ayouch constitue d’ailleurs la vraie force du film. L’immersion dans le monde de Nouha (brillamment interprétée par Loubna Abidar) et de ses amies est ponctuée de scènes parfois attendrissantes, parfois drôles, mais qui permettent surtout de prendre conscience de la souffrance de ces femmes qui se retrouvent à vendre leurs corps pour gagner leurs vies et subvenir aux besoins de leurs familles. Des familles qui, comme dans le cas de Nouha, vivent dans une grande pauvreté et dans la honte du regard que portent leurs voisins et la société sur les prostituées.

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Le film lève le voile sur tout l’écosystème autour de la prostitution : les maquerelles, la drogue, l’alcool, la pédophilie, la violence, et la corruption au sein de la police. Le tourisme sexuel est au cœur du film, les héroïnes enchaînent les soirées avec les Saoudiens et les Européens venus goûter au plaisir de la chair. Nabil Ayouch montre l’envers du décor de Marrakech et de la belle carte postale qu’on vend aux touristes. Il montre le Maroc qu’on ne veut pas voir, mais qui existe et qu’il est inutile et surtout hypocrite de nier. Certes, Much Loved n’est pas adapté à tous les publics, mais ce n’est certainement pas en interdisant sa diffusion qu’on règlera les problèmes qui sont là, bien ancrés dans le réel. Ce n’est certainement pas en continuant à fermer les yeux qu’on assurera la dignité des Marocaines et des Marocains.

Étudiant en école d’ingénieurs à Paris, intéressé par les questions économiques et par les pays émergents. Passionné par le voyage et les langues étrangères.

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