Meezo L-Fadly ou la rage de réussir

Par le 21 février 2014 à 12:36 - 45 réactions

Rencontre avec Hamza El Fadly alias Meezo L-Fadly, un artiste marocain qui s’est livré en toute simplicité au jeu des questions-réponses pour WLB. Sur un ton drôle et quelque peu amer, il nous confie ses aspirations, ses projets, ses expériences, et nous révèle les dessous des télé-crochets tels The Voice auquel il a participé au Liban. Rencontre avec un personnage ambitieux qui se donne les moyens de percer dans le monde de la musique. L’interview qui ne devait durer qu’une vingtaine de minutes s’est transformée en discussion amicale au sujet du Maroc et des marocains, des artistes qui ressentent le besoin d’aller autre part pour être reconnus chez eux. Car il faut le dire, aussi paradoxal que cela puisse paraître, pour être reconnu ici, il faut aller là-bas.

Bonjour Hamza. Tout d’abord, je te laisse te présenter.

Hello, moi c’est Hamza El Fadly, bientôt 29 ans. Je suis un artiste marocain, en France depuis 2007. Je suis venu pour les études et pour la musique bien sur – les études c’était histoire d’avoir une assurance. Tu sais pour nous les marocains, il y a la famille, les parents… Au Maroc on n’a pas vraiment cette notion d’aventure, c’est un peu rare.

Donc voilà, je suis venu pour les études, j’ai eu mon master en management à Dijon. En parallèle j’ai essayé de peaufiner ma touche artistique d’interprète occidental. Pour moi la seule solution était de vivre dans un pays occidental pour goûter à la culture occidentale. J’ai fini mes études et j’ai travaillé; j’ai aussi continué à bosser sur mes titres, mes compos, et je suis actuellement en plein enregistrement de mon EP.

Pourquoi « Meezo » ?

Mon prénom c’est Hamza. Comme on a l’habitude au Maroc de donner des surnoms: Hamza, Hmizo, t’enlèves ‘hhh’ ça fait Mizo… Depuis toujours ma famille, mes potes m’appellent Mizo. J’ai choisi de l’écrire M-E-E-Z-O pour que ça fasse un petit peu flex ! (rires)

Et pourquoi la musique ? Influences familiales ?

Je ne viens pas vraiment d’une famille de musiciens. Mon grand frère chante super bien, mon père quand il était jeune il jouait L3oud et chantouillais un peu, mais il ne s’est jamais montré. Ca m’est peut etre venu de lui. Depuis mon enfance j’étais impressionné et influencé par la musique 80s : Mickael Jackson, Prince, Stevie Wonder, les Boys Band, George Michael, Elton John… Et puis on rêvait d’être chanteur mais on ne savait pas ce qu’était vraiment chanter. Pour nous chanter c’était juste ouvrir la gueule et chanter alors que c’est pas vrai. C’est tout un travail, toute une maîtrise.

Tu as pris des cours ?

Non non jamais. Je me suis juste bien serré la ceinture et petit à petit j’ai essayé de perfectionner ma poussée de son… en commençant par faire le clown. C’est-à-dire au début tu essayes de chanter, tu as une petite voix de canard, les gens se moquent de toi dans les karaoké…

Et bien sur pour apprendre il faut avoir un bon entourage. J’ai eu la chance hamdoulah de rencontrer des gens du milieu, chanteurs et musiciens… Et à force de regarder des vidéos, d’écouter, d’observer, je pense qu’il y a des techniques que j’ai dû développer avec du travail.

Est ce que tu te vois vivre de la musique ?

Maintenant je suis au chômage depuis 4 mois. J’ai envie de me poser et de me concentrer sur mon projet musical. Actuellement je suis en train d’enregistrer mon EP. J’aimerais bien vivre de ça. Si j’y consacre autant de temps c’est que j’aimerais bien en vivre, avoir une petite carrière, qu’on puisse me reconnaître en tant qu’artiste, qu’on reconnaisse mes envies, mes désirs musicaux… Donc oui je prends les choses au sérieux.

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Tu as participé à plusieurs télé crochets au Maroc et à l’étranger : pourquoi les télé crochets, et qu’en as tu appris ?

J’ai commencé par Studio 2M en 2005. J’avais eu la chance d’être présélectionné à Marrakech. J’étais trop rêveur, je m’attendais à plus de cette émission. Il faut tout de même reconnaître que mon niveau était un niveau de débutant… C’était une bonne expérience. J’ai fais un seul prime même si, subjectivement et objectivement, je méritais plus. Pas gagner, ni aller très loin bien sur, mais malgré mon petit niveau de débutant je méritais d’aller un peu plus loin.

Est ce que c’est crédible, ce genre d’émissions ?

Ca dépend de ce qu’on attend de ce genre d’émissions. En effet ceux qui passent ne sont pas forcément les meilleurs, mais il ne faut pas oublier que ce sont des télé crochets, des TV shows… c’est comme un film : il y a un scénario, du suspens, une finalité. Le mec ou la nana qu’on veut faire gagner c’est pour toucher l’audience. C’est du 20% artistique et 80 % showbiz, média… Ce sont tout de même des expériences très intéressantes, humainement. Avec du recul je me dis que je n’étais pas à ma place dans ces émissions.

Je suis allé à Studio 2M parce que je me suis dit c’est à ma portée car c’est au Maroc, ils prennent aussi des gens qui chantent en anglais et en français, si tu veux aller en France ou aux USA il te faut un Visa – le fameux blocage que la plupart des marocains rencontrent. Je ne peux pas dire que je regrette Studio 2M. J’ai été recalé dès le 1er prime mais ça m’a poussé à bosser encore plus.

Le 2ème télé crochet, c’est The Voice au Liban. C’est un peu bizarre, je vis en France, j’ai d’autres opportunités plus adéquates ici, mais le cœur a choisi le Liban. C’était un choix avec le cœur et pas avec la raison. J’avais envie de me montrer, qu’on respecte mon art et mon talent jusqu’au bout. Je n’ai pas réussi les blind auditions mais je suis très content et satisfait d’y être allé. J’ai eu de très bons retours et je me suis rendu compte que ce que j’avais fait artistiquement, ce n’était pas pour le Liban.

Il y aussi plusieurs personnes marocaines ou autres qui ont visionné ma prestation, elles ont compris que j’avais fais le mauvais choix, peut être de chanson. En tout cas je ne regrette pas d’avoir choisi Billie jean, je suis très satisfait de ma prestation. Remarque, on aurait buzzé personne n’aurait parlé du choix de la chanson. Mais malheureusement il faut toujours que le public puisse expliquer le résultat (rires), bien qu’il y ai d’autres raisons bien plus importantes qui ont joué. Je ne peux pas en dire plus. (bip bip bip censuré). On signe des papiers et tout dans ce genre d’émissions…

En gros, ce n’est pas le jury qui décide. Ils ont des consignes, des lignes directives. Les jurés sont juste des acteurs. Ils jouent le jeu, ils sont là pour l’audience…

Je voulais avoir un public arabe, me faire un nom au Maroc. Bien sur au Maroc les critiques fusent. On n’a toujours pas cette notion qu’est le respect d’un artiste en devenir. Un artiste est celui qui a déjà fait ses preuves et qui est un artiste confirmé. En France je donne des concerts dans des petites salles, les gens viennent assister à mes concerts… Au Maroc si tu n’es pas un artiste confirmé on ne payera pas d’argent et on ne viendra pas te voir. Je ne voulais pas aller à The Voice pour gagner, je voulais juste me montrer et qu’on me respecte.

hamzaelfadly

Tu serais prêt à retenter en France ?

J’ai été pris pour The Voice France l’année dernière, c’est pour ça que j’ai fais le mauvais choix peut être en allant au Liban. Peut être que si j’avais choisi The Voice France ça aurait été pire, ou meilleur, je ne sais pas. Ce que j’ai présenté sur scène, ce n’était pas pour cette émission là. Je ne veux pas paraitre prétentieux, mais j’ai été le seul à avoir fait une reprise complètement revisitée. Je pense que ça aurait mieux marché en France. Mais on sait jamais, ça reste de la télé réalité, si tu es pris ça ne veut pas dire que tu es très bon, et si tu n’es pas pris ça ne veut pas dire que tu es nul. Les télé crochets je m’en sers juste pour me faire connaître un peu.

On a vu que tu collaborais avec d’autres talents marocains…

Il y a 1 an et demi – 2 ans, j’ai fais la connaissance de Camil Kanouni qui est un artiste hyper talentueux. Le feeling est passé entre nous, on a eu le plaisir de s’accompagner sur des morceaux, lui à la guitare et moi au chant. C’est aussi lui qui a joué sur les titres de mon EP. J’ai enregistré dans un studio ici à Paris et je n’ai pas voulu choisir d’autre musicien pour une question de feeling – il est multi-instrumentiste aussi.

C’est lui qui m’accompagne en concert. On est en train de monter un groupe, vu qu’ici en France les labels et les maisons de disques pensent qu’un chanteur qui a ses musiciens reste plus crédible. Le but est que j’aie des musiciens derrière moi pour faire des reprises et jouer mes compos. Camil a accepté d’être mon guitariste principal, c’est super cool et j’en suis très ravi.

meezo-l-fadly

Comment s’est passée la rencontre ?

Ca s’est fait sur Facebook. Un jour j’ai vu une vidéo de lui, qu’une amie avait postée. J’ai été attiré par son talent d’extraterrestre, j’ai donc pris l’initiative de lui envoyer un message…

Je ne t’apprend rien, sur Facebook nos comptes ne sont pas vraiment des comptes perso, donc on se retrouve avec énormément de messages inbox et de commentaires. On ne peut pas tout checker. Et comme par hasard, je lui ai écrit un message inbox, et il a quand même répondu au bout de 2-3min. Je pense que le feeling est passé direct. C’est un mec qui me comprend facilement.

Qu’allons nous trouver dans ton EP ?

Pour l’insant il y a 4 titres, des compos à moi tout seul et des co-compos, notamment avec Camil. Au niveau des paroles, ce sont les miennes. C’est un style musical différent de ce qu’on peut voir au Maroc et même en France : c’est très blues soul un peu ethnique, j’ai choisi de placer quelques percus africaines, des touches à la guitare très bluesy à l’américaine. Au niveau des percus c’est très afro. Je ne sais pas ce que va en penser le public mais moi ça me reflète et  l’objectif en ce moment c’est de finaliser le disque, avoir un support visuel et un bon support audio.

Est ce que ce sera commercialisé, je ne sais pas, pour ça il faut être signé dans une maison de disques. Je n’ai pas assez de moyens pour m’auto produire… Pour le vendre il faut quand même un certain budget. Mon but c’est de démarcher les labels, les festivals, les maisons de disques et les radios. Pour l’instant quelques labels sont intéressés par le projet, ils attendent de voir ce que ça va donner. Un artiste ce n’est pas que des bandes. Il faut aussi assurer le live, avoir les bons guitaristes, les bons bassistes, les bons percussionnistes, les bons choristes… C’est un package. Il faut assurer et les concerts, et les prises studio. Donc là oui j’aimerais bien signer… Par la suite ce sera commercialisé forcément. Je ne te cache pas que mon petit rêve c’est de faire quelques festivals au Maroc, d’avoir une reconnaissance au Maroc, un soutien, un public.

Tu en parles souvent : ton but premier c’est d’être reconnu au Maroc ?

Ah oui, obligé. C’est vraiment mon but. Je t’explique un truc : Au Liban, les gens se demandent quel est le secret du Maroc, en terme de talent. Pas que à The Voice ! Dans toutes les émissions, le Maroc est le seul pays où ils font plusieurs jours de casting. Des fois ça peut durer jusqu’à 5 jours. Il y a tellement de belles voix qu’ils n’arrivent pas à comprendre quel est le secret.

Et comment tu expliques ça, quel est ce secret d’après toi ?

J’ai une analyse assez bizarre au fait. On est le pays le plus proche de l’Europe occidentale, on a une double culture. On est aussi le seul pays qui n’a pas été impacté par l’empire Ottoman, culturellement ça fait un plus. Oui c’est bizarre comme analyse mais bon je me dis que ça pourrait jouer (rires). On est proche de l’Espagne, de la France, on regarde beaucoup d’émissions occidentales et ça crée le mélange. Sans oublier qu’on est touché par la vraie musique africaine;  je pense à Gnawa.

Un mot pour la fin ?

Je tiens à remercier WLB. C’est un concept très sympa, et ça ouvre des portes à beaucoup d’artistes marocains, pour se faire connaître, partager leurs loisirs et leurs passions avec les internautes. Il n’y a pas de projet de magazine, pas encore ?

Bonne idée ! On n’y avait jamais pensé…

Faudrait, ça pourrait se faire ! En tous cas c’est une très bonne initiative. Pour ma part ça me fait toujours plaisir de partager ce qui se passe un peu dans ma petite vie artistique… De toute façon comme je l’ai dit mon but c’est de gagner l’amour et le soutien des marocains, je pense que WLB a compris ça et va vers les artistes et c’est génial, c’est juste génial.

Etudiante à EMLYON Business School, je m’intéresse notamment à l’entrepreneuriat, au marketing et aux ONG.

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