Voici comment on motive les médecins à travailler honnêtement au Maroc

Kenza Amri

Par le 26 juillet 2018 à 17:06

Vous voulez savoir comment on motive un médecin à travailler honnêtement, avec sérieux et dévouement au Maroc ?

En mettant à sa disposition les moyens matériels pour exercer son métier ? En saluant son travail ? En le félicitant ? En l’aidant à exercer dans les meilleures conditions possibles ? En facilitant la prise en charge de ses patients ?

Non, ici, il semblerait qu’on le motive en le poussant à bout, en boycottant son travail, en l’empêchant de voir ses patients et de réaliser ses consultations médicales, en le laissant travailler dans des conditions atroces, en le harcelant moralement, en lui mettant la pression et en lui faisant vivre un enfer jusqu’à ce que la démission devienne sa seule et unique issue.

Vous l’aurez compris, il semblerait qu’au Maroc, un médecin qui travaille honnêtement et fait tout son possible pour aider ses patients n’est pas motivé, il est détruit.

C’est du moins ce que beaucoup retiennent de l’histoire de Dr Mehdi Echafi, 34 ans, chirurgien pédiatre au Centre Hospitalier Provincial (CHP) de Tiznit. Surnommé « chirurgien des pauvres », son histoire ne laisse personne indifférent. Et pour cause, elle est au centre d’une vive polémique depuis un bon bout de temps déjà.

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Dr. Mehdi Echafi est l’un des seuls à avoir levé la voix pour dénoncer une réalité terrible dont sont victimes les médecins marocains.

Il incarne aujourd’hui une nouvelle génération de médecins, fraîchement diplômés, motivés et prêts à lutter pour améliorer la situation sanitaire de leur pays et pour aider les patients. Il incarne cette jeunesse, dans la fleur de l’âge, non seulement déçue par la triste réalité, mais surtout enchaînée, prisonnière et victime d’un système de santé terriblement défaillant, souffrant d’un retard effroyable et d’anomalies insoutenables qui semblent passer inaperçues auprès des responsables.

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Pire encore, le médecin est celui qui est toujours pointé du doigt en 1er par la société civile, lors du moindre incident, sans prêter attention à ce que celui-ci subit. Sans se renseigner et sans chercher à comprendre l’origine des lacunes, beaucoup rangent le médecin marocain dans la case des coupables, alors qu’il est lui-même victime de la défaillance du système de santé, des « conditions de travail lamentables” , du « manque criant de matériel chirurgical et de « la corruption« .

Aujourd’hui à bout, accusé de diffamation, « le chirurgien des pauvres » a déposé sa lettre de démission il y a quelques jours.

Pour le soutenir, nombreux sont les internautes qui ont partagé ce résumé de son histoire, retraçant un parcours irréprochable, copié de Twitter via @donilapute

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Une histoire intense qui pousse à la réflexion et qui ne cesse d’affoler la toile puisqu’elle est la preuve même que la défaillance du système de santé ne cesse de faire des victimes, parmi les médecins et les patients.

Pour le soutenir, nombreux sont les citoyens qui ont exprimé leur colère sur les réseaux sociaux :

Alors que lors d’un entretien accordé à Medactu en Novembre dernier, en réponse à la question : « Quel est votre message aux futurs médecins, parmi eux ceux qui seront affectés à leur tour en périphérie ? »

Mehdi Echafi affirmait :

« Pour répondre à votre question, je me permettrais d’extirper les faits décrits dans l’histoire d’évolution des peuples. Le changement est perpétuel, démarre par une idée institutionnelle positive, s’incorpore dans une volonté individuelle avec effet d’influence sur le groupe et la société.

Si chacun d’entre nous présente une bonne action et la menant dans la cadre d’une stratégie implicative, on pourrait parler de lueurs de changement. Certes, il ne faudrait pas être hâtif et se dire qu’on aboutirait à des résultats dans un avenir proche. Il ne faudrait pas se bousculer par ce fardeau. Mais plutôt garder l’esprit bien éveillé et travailler tout en fixant nos objectifs à court, moyen et long terme. J’insiste sur la volonté individuelle et la prédisposition au changement illuminé et notoire. »

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« Ayez la foi et la certitude que notre Maroc a besoin de nous, de nos sacrifices et nos efforts dans un cadre d’une volonté appropriée afin d’aboutir à des résultats dignes des attentes de notre société. »

« Après l’obtention de mon diplôme de spécialité, on a fait courir le bruit comme quoi, je ne me plairais pas dans ma pratique quotidienne et qu’il n’y a rien à faire dans la structure hospitalière de destination, que ça soit de la part des responsables, d’administrateurs ou de confrères. Mais sachez une chose, tout dépendra de votre volonté propre et de la conception à être dévoué pour son travail, son malade et son pays. Très bon courage, je vous attends sur le train du changement. »

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Aujourd’hui, dans une vidéo qui fait vibrer le toile et émeut les internautes, il affirme : “Je suis fatigué, je ne peux plus rien faire ! Les responsables doivent assumer leurs responsabilités, au lieu de me menacer de prison après tout ce que j’ai accompli. J’opérais plus de 17 enfants par jour, si le Maroc ne veut pas de moi, j’irai travailler à l’étranger”.

Un changement de discours qui reflète le désespoir d’un jeune médecin, poussé à bout.

Que justice soit faite.

Kenza Amri

Assoiffée de découverte et d’aventures, passionnée de voyage et d’écriture... Ma muse ? Mon pays, source de mes pensées, mes coups de gueule, mes écrits.

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