
Le mariage des mineures au Maroc recule, mais il reste loin d’avoir disparu. En 2024, les tribunaux ont enregistré 16.755 demandes, contre 20.192 un an plus tôt. Dans le même temps, 10.691 autorisations ont été délivrées. Ce chiffre relance le débat sur l’efficacité des garde-fous, alors que la réforme de la Moudawana se fait toujours attendre.
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Une exception devenue courante
La loi fixe l’âge du mariage à 18 ans pour les filles comme pour les garçons. L’article 20 du Code de la famille permet toutefois au juge d’accorder une dérogation, à condition de motiver sa décision. En pratique, près de 63 % des demandes ont abouti en 2024. Les autorisations ont certes baissé par rapport aux 12.629 de 2023, mais leur volume reste massif et interroge le caractère réellement exceptionnel de la procédure.
Des filles dans la quasi-totalité des cas
Sur l’ensemble des dossiers, 16.501 visaient des filles et seulement 254 des garçons. Les adolescentes représentent ainsi environ 98,5 % des demandes. Plus de 96 % des mineurs concernés n’exerçaient aucune activité professionnelle, ce qui souligne le poids de la dépendance économique. Le mariage précoce entraîne souvent l’abandon scolaire, une perte d’autonomie et des risques sanitaires liés aux grossesses adolescentes.
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De fortes disparités entre régions
Marrakech concentre le plus grand nombre de demandes, avec 2.941 dossiers, soit 17,55 % du total national. Fès suit avec 2.394 demandes, puis Kénitra avec 1.480. Les taux d’autorisation varient aussi fortement : 81 % à Errachidia, près de 77 % à Fès et près de 76 % à Kénitra. Ces écarts peuvent refléter des réalités sociales différentes, mais aussi des pratiques judiciaires hétérogènes.
Les plus jeunes mieux protégées
Les juges se montrent plus réticents face aux demandes visant les plus jeunes. Le taux d’autorisation tombe à 13,6 % pour les 15-16 ans et à 1,67 % pour les moins de 15 ans. Cette prudence ne dispense pas d’examiner de près les autorisations accordées aux adolescentes plus âgées.
Les statistiques ne couvrent que les dossiers portés devant la justice. Les mariages coutumiers, dits « par la Fatiha », restent difficiles à quantifier. Sans acte de mariage, la jeune épouse peine à faire valoir ses droits, et les enfants nés de ces unions rencontrent des obstacles pour établir leur filiation.
La Moudawana en attente
La révision du Code de la famille doit trancher le sort de la dérogation judiciaire. Critères d’autorisation, motivation des décisions, garanties procédurales : les attentes sont nombreuses. Mais la loi seule ne suffira pas. Le maintien des filles à l’école, la protection sociale et l’accompagnement des familles restent des leviers décisifs.
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