
Le décès d’Abdelwahab Doukkali, survenu ce vendredi 8 mai 2026 à Casablanca, plonge le Maroc dans un deuil culturel profond. À 84 ans, celui que l’on surnommait le « monstre sacré » de la chanson marocaine s’est éteint après une intervention chirurgicale. Une page majeure de l’histoire musicale du royaume se tourne.
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Une voix née à Fès, entendue dans tout le monde arabe
Né le 1er janvier 1941 à Fès, dans une famille modeste et pieuse de treize enfants, Abdelwahab Doukkali s’adonne très jeune à la musique, au théâtre, au dessin et à la peinture. À 18 ans, il rejoint la RTM à Rabat. Sa carrière décolle rapidement. C’est Ahmed Tayeb El Alej qui le propulse en lui écrivant les paroles de la célèbre chanson « Ya lghadi ftomobil ». Il se rend ensuite en Algérie puis en Égypte, où il connaît ses premiers succès publics. Le monde arabe découvre alors une voix hors norme. Une voix qui ne le lâchera plus.
Un répertoire devenu patrimoine national
Ses chansons, interprétées aussi bien en darija qu’en arabe classique, ont profondément marqué le répertoire national. « Kan Ya Makan », « Marsoul El Houb », « Ma Ana Illa Bachar » ou encore « Montparnasse » : autant de titres devenus intemporels. Il reçoit le disque d’or pour « Mana Illa Bachar », le grand prix du Festival de la chanson marocaine de Mohammedia en 1985, ainsi que le grand prix du Festival du Caire en 1997 pour « Souk El Bacharia ». Il est également honoré par le Vatican à deux reprises. Pas mal pour un gamin de Fès parti conquérir le monde avec sa voix.
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Un héritage qui dépasse largement la musique
Au-delà de la chanson, Abdelwahab Doukkali a laissé son empreinte dans le 7ᵉ art, composant plusieurs bandes originales, dont celle du film culte « À la recherche du mari de ma femme ». Artiste peintre et collectionneur d’objets d’art, il avait transformé son appartement au 17ᵉ étage du célèbre immeuble Liberté, en plein cœur de Casablanca, en véritable petit musée. Discret mais immensément respecté, il incarnait cette génération d’artistes pour qui l’exigence artistique passait avant le bruit médiatique. Aujourd’hui, les hommages affluent de partout. Des artistes, des intellectuels, des anonymes. Tous unis par la même émotion. Parce que certaines voix, même silencieuses, continuent de résonner.
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