Victime d’un jet de pierres sur l’autoroute, voici comment j’ai failli y perdre la vie

Kenza Amri

Par le 1 août 2018 à 16:46

C’était un de ces interminables lundis durant lequel je devais une nouvelle fois faire le trajet Fès-Meknès en voiture. Un trajet que je connaissais maintenant sur le bout des doigts, un trajet que j’avais parcouru un nombre incalculable de fois, un trajet routinier de 60 km que j’avais l’habitude d’effectuer deux fois par semaine depuis maintenant 5 longues années.

Etudiante à Fès et résidante à Meknès, du haut de mes 23 ans, ce trajet hebdomadaire faisait partie de ma routine, faisait partie de moi… et pourtant ce lundi là, c’est sur la même autoroute que j’ai failli perdre la vie.

Youtube : Younes Moubine

Aux environs de 19 heures, je prends la route, seule, comme j’avais l’habitude de faire depuis des années. Et c’était toujours le même scénario, 45 minutes au volant, musique Pop Rock et vigilance au maximum… toujours le même scénario depuis 5 ans… et pourtant ce lundi-là, j’ai vu la mort sur cette même autoroute.

J’avais beau la connaître comme ma poche, je n’ai jamais cessé d’être attentive, les mots de ma mère retentissant dans mon esprit à chaque fois que je dépassais les 115 km/h : « Sois prudente« .

Ne t’inquiète pas maman, rien à signaler… pour le moment, pensais-je.

C’est en m’approchant du 2ème pont que je sentis brutalement le danger me guetter. En regardant au loin, j’aperçois 2 jeunes adultes, d’une vingtaine d’années environs, penchés sur la rambarde du pont, me fixant du regard et souriant.

Un sourire narquois, moqueur d’une mesquinerie et d’une malveillance qui m’a tétanisée. Je comprends que ces jeunes gens ne me veulent pas que du bien, loin de là.

En quelques fractions de secondes à peine, je comprends leur intention de me nuire.

Les mains pleines de pierres, ils se mettent à en jeter à toute allure sur ma voiture, en tentant tant bien que mal de me viser.

J’articule quelques prières, espérant que ce ne soient pas les dernières.

Et alors que cette pluie de pierres s’abat sur mon pare-brise, toutes mes pensées sont pour mes parents. Les êtres les plus chers à mes yeux, ceux qui m’ont donné la vie, ceux qui m’ont tout appris, ceux qui m’ont guidée, ceux qui m’ont éduquée… une éducation qui a en grande partie contribué à faire de moi celle que je suis aujourd’hui. Ces jeunes gens n’avaient-ils pas de parents ? N’avaient-ils reçu aucune éducation ? À la maison ? À l’école ?

Comment en est-on arrivé, dans ce cher pays, à un tel manque de civisme ? À un tel manque de citoyenneté ? À une telle haine de ses compatriotes… au point de leur souhaiter la mort, et pire encore, de la provoquer ?

Comment l’éthique et la bienveillance ont-elles mises de côté de façon aussi drastique par cet élan dévastateur ?

Comment en est-on arrivé à une jungle société où le vandalisme et l’animosité font loi ?

Depuis quand ce sentiment d’insécurité règne-t-il ? Mais surtout… jusqu’à quand ?

Ces individus étaient-ils donc inconscients du danger qu’ils engendraient ? Étaient-ils donc inconscients de la valeur de ces vies qu’ils mettaient en péril à chaque jet de pierre ? Ou pire encore, se rendaient-ils compte de l’horreur de leurs actes et le faisaient-ils quand même en âme et conscience ? En sachant tant bien que mal qu’ils finiraient par me tuer ?

« Criminels, criminels ! » Essoufflée, tremblante, mon cœur battant la chamade, je criais au volant de ma voiture, seule, sans personne pour m’entendre, et pourtant je criais car c’était ma seule défense, ma seule arme. Criminels, criminels… coupables ! Ou eux-mêmes victimes ? Victimes d’un système éducatif extrêmement défaillant, victimes d’une société où ils ne trouvent pas leur place, victimes de la pauvreté…

Je reprends petit-à-petit mon calme et compose le 5050 sur mon écran de bord. Ce numéro que j’avais vu tant de fois, ce numéro que je connaissais par cœur mais que j’espérais ne jamais devoir utiliser… et pourtant, « ça n’arrive pas qu’aux autres ». On me répond après quelques secondes et après avoir expliqué la situation, on me dit que l’incident sera signalé.

Signalé. Oui, mais allait-on un jour retrouver ces criminels ? J’en doutais fortement. Et même si on les retrouvait, ils avaient certainement des frères, des amis, qui partageaient leur même vision destructrice. Je tente tant bien que mal de ne pas me laisser gagner par le désespoir et les pensées fatalistes et de retrouver mon calme. Plus facile à dire qu’à faire.

J’arrive enfin à la gare de péage et, encore tremblante, je me mets immédiatement à raconter cet incident à une employée de la société Autoroutes Du Maroc (ADM). Elle m’écoute sans dire un mot puis penche la tête vers mon pare-brise intact et me répond avec une froideur terrible qui contraste totalement avec mon épouvante : « Vous n’avez pas de quoi vous plaindre, votre pare-brise n’est même pas brisé ! »

Incrédule, je la regarde avec effroi. Ses propos m’ont donné littéralement des sueurs froides.

« C’est arrivé à au moins 10 personnes ces derniers jours… dont 2 qui ont eu le pare-brise complètement cassé ! Franchement, vous devriez remercier Dieu, vous en êtes sortis indemnes. » continue-t-elle, impassible, d’un ton empreint d’insensibilité et de désintérêt.

L’indifférence, la goutte qui fait déborder le vase

Face à l’horreur de ses propos, la rage, l’ardeur, la fureur que j’ai accumulées durant tout le trajet explosent brutalement. Je m’exclame alors « C’est complètement insensé ! Qu’est-ce que vous attendez pour agir ? Que je meurs ? Je ne suis peut-être pas morte aujourd’hui, mais j’en mourrais un jour ! Et si ce n’est pas moi, quelqu’un d’autre finira par mourir sur cette même route ! »

TROP, c’en était TROP… 10 automobilistes mis en danger, 2 pare-brises cassés… ils attendaient véritablement que quelqu’un meurt pour faire quelque chose ! Gagnée par un sentiment d’insécurité terrible, ma gorge se noue, mon sang se glace dans mes veines. Livide, les mains moites, j’en ai des frissons.

Je prends conscience de la gravité de la situation et pire encore, je me rends compte de la nonchalance et l’apathie de ces responsablesirresponsables.

Comme exaspérée par ma frénésie, elle me répond avec un détachement total comme on répond à un enfant trop gâté pour le faire taire : « D’accord, d’accord. » Puis elle me propose d’aller témoigner à la gendarmerie se trouvant en face de la gare de péage. « On ne sait jamais, ça servira peut-être à quelque chose. »

Le360

Quelques minutes après, je raconte ce qu’il m’est arrivé à 2 gendarmes qui font mine de s’intéresser un minimum à ce que je dis en me posant quelques questions sur le lieu exact de l’incident et la description physique des individus en cause. En ressortant, submergée par les émotions de cette journée interminable, j’éclate en sanglots sans cesser de me questionner…

À chaque fois que moi, un membre de ma famille, un de mes amis prenions l’autoroute, notre vie était en mise en péril. Mais à qui la faute ? À ces individus criminels, jeteurs de pierres, conscients ou inconscients, qui ne se souciaient nullement des conséquences de leurs actes ? Au système éducatif défaillant ? À la société des autoroutes du Maroc qui n’assure pas la sécurité des automobilistes comme elle devrait le faire ?

En attendant de trouver le coupable, en attendant d’identifier la véritable source du problème… j’en conclus qu’il est nécessaire de mettre en place DÈS À PRÉSENT une solution temporaire : des barrières à chaque pont, des gardiens, des caméras de surveillance… N’importe quoi, pourvu qu’ils fassent quelque chose ! Pourvu qu’ils ne restent pas assis sur leur chaise, les mains croisées, à regarder sans bouger le petit doigt, les piles de dossiers de plaintes et les témoignages s’accumuler sur leur bureau. Pourvu qu’ils n’attendent pas que des automobilistes périssent pour enfin mettre en place des mesures de sécurité nécessaires… , MAINTENANT, TOUT DE SUITE.

Car accident with shattered front windshield.

Kenza Amri

Assoiffée de découverte et d’aventures, passionnée de voyage et d’écriture... Ma muse ? Mon pays, source de mes pensées, mes coups de gueule, mes écrits.

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